Sort des avocats dans le monde : courrier d'alerte du barreau des Hauts-de-Seine

Le bâtonnier Michel Guichard et Pierre-Ann Laugery, ancien bâtonnier et président de la commission Droits de l'Homme, ont écrit aux Parlementaires du département des Hauts-de-Seine. Le Barreau des Hauts-de-Seine, à l’unisson des organisations non gouvernementales, des associations de défense des droits de l’homme et des très nombreux organismes et conférences d’avocats qui s’expriment sur ce sujet, souhaite interpeller solennellement les Parlementaires, afin qu’ils interrogent le Gouvernement en général, Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères et Monsieur le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux en particulier, sur la situation des avocats en grand danger de par le Monde et les actions entreprises par l’Etat français, pour dénoncer ces conditions scandaleuses d’exercice professionnel des avocats et contraindre les Etats incriminés, par des actions concrètes économiques et diplomatiques, à respecter les textes internationaux de protection des droits de l’homme.

Notre Consoeur, Ebru TIMTIK, est morte au mois d’août 2020.

Elle était avocate et elle avait 42 ans.

Au 238ème jour de sa grève de la faim, elle ne pesait plus que 30 kilos.

Elle avait été poursuivie en qualité d’avocate, pour avoir défendu des opposants au régime de Monsieur ERDOGAN.

Nasrin SODOUTEH a, elle, été réincarcérée, en Iran, et sa condamnation, à de nombreuses années de prison et des coups de fouet, maintenue.

Près d’un an plus tard, c’est notre Confrère, Aytac ÜNSAL, qui est aujourd’hui en grand danger, comme beaucoup d’autres opposants à ce régime, comme nombre d’avocats dont les procès sont toujours en cours en Turquie, (comme ceux des journalistes et des intellectuels, qui représentent des contre-pouvoirs qu’il convient de museler), en les accusant de tous les maux, en les incriminant pour des préventions fantasmées et pour des faits dont les preuves ne sont JAMAIS rapportées, en les emprisonnant à titre provisoire, en les éloignant de leurs familles, de leurs clients, de leur exercice professionnel, et puis en les laissant mourir sans vergogne dans des Etablissements pénitentiaires indignes, loin de leurs proches, sans défense véritable puisque les dossiers sont truqués, et que les défenseurs de ces défenseurs sont sous une pression constante.

Ailleurs, dans le monde, il ne se passe pas 1 semaine sans que l’on apprenne la mort d’un avocat (rapport OIAD 2020), qui, comme par hasard, était à la pointe des combats menés pour la défense des droits de l’homme dans son pays, contre la corruption des élites et des gouvernants.

72 avocats ont été assassinés au Brésil depuis 2016, 70 avocats sont morts dans un attentat à Quetta (Pakistan), la même année, alors qu’ils attendaient devant l’hôpital, après que leur Bâtonnier ait été victime d’un assassinat.

Plus récemment en août 2020, c’est le Bâtonnier de Port-au-Prince, notre Confrère Monferrier DORVAL, grand pourfendeur des pactes de corruption dans l’immobilier, qui a été assassiné.

Chaque jour ou presque, des avocats sont arrêtés, menacés, torturés et exécutés, ou disparaissent dans le Monde, en Chine, en Iran, au Pakistan, dans de nombreux pays d’Amérique du Sud, en Turquie, en Russie, en Malaisie, souvent dans des pays où sévissent des dictatures ou des régimes autoritaires.

Certes, il serait déraisonnable de comparer les conditions d’exercice professionnel qui sont les nôtres avec celles de nos Confrères, qui tentent d’exercer leur métier dans ces conditions, mais il nous faut rester très vigilants, la perte de nos repères en période de grande fragilité économique et sanitaire étant source d’attaques répétées, notamment à l’encontre de notre indépendance et de notre secret professionnel.

 

Le Barreau des Hauts-de-Seine, à l’unisson des organisations non gouvernementales, des associations de défense des droits de l’homme et des très nombreux organismes et conférences d’avocats qui s’expriment sur ce sujet, souhaite interpeller solennellement les Parlementaires (députés et sénateurs) français de son département, afin qu’ils interrogent le Gouvernement en général, Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères et Monsieur le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux en particulier, sur la situation des avocats en grand danger de par le Monde et les actions entreprises par l’Etat français, pour dénoncer ces conditions scandaleuses d’exercice professionnel des avocats et contraindre les Etats incriminés, par des actions concrètes économiques et diplomatiques, à respecter les textes internationaux de protection des droits de l’homme